Interview de Tristram Stuart

 

« Quant à SOLAAL, je trouve le concept excellent, d’autant plus que l’on sait que les agriculteurs ont horreur de jeter et préfèrent donner plutôt que de laisser pourrir leurs produits. » Tristram Stuart, auteur de WASTE: Uncovering the Global Food Scandal, Organisateur des Banquets des 5000 et fondateur de l’association FeedBack.

photo Tristram StuartComment avez-vous été sensibilisé au gaspillage alimentaire ?

Mon travail pour dévoiler le scandale du gaspillage alimentaire a commencé quand j’avais quinze ans. J’ai acheté des cochons et j’ai commencé à les nourrir de façon traditionnelle et respectueuse de l’environnement ; j’ai récupéré des produits issus de ma cantine scolaire, du boulanger, du marchand de légumes et de l’agriculteur qui jetait des pommes de terre parce qu’elles avaient la mauvaise forme ou la mauvaise taille pour les supermarchés.

Mais j’ai remarqué que la majorité de la nourriture que je donnais à mes cochons était en fait adaptée à la consommation humaine, et que je ne faisais qu’effleurer le problème, et que tout le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, dans les supermarchés, chez les primeurs, les boulangers, chez nous, dans les usines et les fermes, nous entretenions une hémorragie alimentaire. Ainsi, lorsqu’on parle de nourriture que l’on jette, on ne parle pas d’aliments pourris, on ne parle pas d’aliments impropres. Nous parlons d’aliments frais et bons qui sont gaspillés à une échelle colossale.

Vous fondez une de vos actions sur le glanage, pourquoi ?

Pour attirer l’attention sur les pertes colossales au niveau des exploitations agricoles pour des raisons qui ne sont pas imputables aux agriculteurs : météo, calibrage, volatilité des prix, annulation de commandes.

Par ailleurs, le glanage permet d’organiser un réseau pour nourrir les personnes qui ont faim via les associations d’aide alimentaire, qui récupèrent les produits glanés. C’est aussi une belle expérience pour communiquer et engager les gens.

Que pensez-vous de la France en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire ?

La France est leader mondial en la matière. Quand je vois la rapidité avec laquelle la société a poussé le gouvernement à agir, la France a mené la révolution la plus rapide. Ce n’était pas prévu et il n’y avait pas grand bruit sur cette question quand nous avons organisé le premier Banquet des 5000 à Paris en 2012 avec Canal+. En quelques mois, un Pacte national de lutte contre le gaspillage a été élaboré par le gouvernement, des initiatives se sont multipliées avec des acteurs comme McCain, Carrefour, Métro et des associations comme Zéro Gâchis et Disco Soupe. Je rends hommage aussi à Guillaume Garot qui est un homme sincère, engagé depuis très longtemps dans la lutte contre le gaspillage et qui a défini une politique publique.

Avez-vous entendu parler de SOLAAL ?

Bien sûr et grâce à Angélique Delahaye, déjà très investie dans le premier Banquet des 5000 à Paris en 2012. Je la considère d’ailleurs comme une héroïne ; c’est une agricultrice donc la plus légitime pour parler du gaspillage et pour repérer les problèmes. Son statut de député européen lui permet de porter ce sujet au niveau communautaire, comme elle l’a fait dernièrement en incluant un amendement dans le rapport d’initiative sur l’économie circulaire.

Quant à SOLAAL, je trouve le concept excellent, d’autant plus que l’on sait que les agriculteurs ont horreur de jeter et préfèrent donner plutôt que de laisser pourrir leurs produits. Le fait que SOLAAL soit issue du monde agricole rassure aussi les agriculteurs qui se rallient à cette bonne cause.

Quelles sont vos prochaines étapes ?

Je veux poursuivre la sensibilisation autour de la lutte contre le gaspillage afin d’obtenir une prise de conscience au niveau mondial. L’étape la plus proche est celle du Banquet des 5000 prévu à New York, au mois de novembre de cette année. Les Etats-Unis sont en effet le pays qui gaspille le plus au monde.

Plus largement, je veux contribuer au changement des systèmes d’alimentation dans le monde qui détruisent la planète. Il faut se reconnecter avec la terre, se poser des questions : qu’est-ce que je mange ? Qui le produit ? Comment cela a été produit ? Je veux faire prendre conscience que le choix alimentaire a des impacts sur l’avenir de notre planète. En luttant contre le gaspillage, on économise les ressources et on y gagne financièrement.

Enfin, mon combat portera aussi sur la protection des forêts détruites dans le monde pour produire encore plus de nourriture.