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INTERVIEW
Interview de Luc Chatelain, président du CNIPT
Publié le 15 Mai 2026
» SOLAAL permet de donner une destination utile à des produits qui ne trouveraient pas forcément de débouchés commerciaux, tout en répondant à un besoin croissant d’accès à une alimentation de qualité pour les personnes en difficulté. » selon Luc Chatelain, président du CNIPT
Pouvez-vous présenter votre exploitation et le réseau Chapeau de Paille ?
Nous sommes une exploitation familiale de polyculture située à Fontaine-lès-Croisilles, près d’Arras dans le Pas-de-Calais, un territoire marqué par l’histoire puisqu’il se trouve sur les lieux des grandes batailles de la Première Guerre mondiale.
Il y a 20 ans, nous avons rejoint le réseau Chapeau de Paille afin d’élargir une activité complémentaire sur l’exploitation. Le concept : la libre cueillette, imaginé à l’origine par des agriculteurs, pour rapprocher les consommateurs du monde agricole tout en créant un véritable lieu de vie autour de la ferme.
Sur environ 15 hectares de cultures et un verger, les visiteurs peuvent venir récolter eux-mêmes une grande diversité de produits : des fruits comme les fraises, rhubarbes ; des légumes comme les pommes de terre (évidemment), tomates, courgettes ; mais aussi des fleurs.

Le principe est simple : les visiteurs arrivent dans un champ ouvert où nous mettons à disposition tout le matériel nécessaire — paniers, barquettes pour les fraises — avant de suivre un parcours balisé grâce à des panneaux indiquant les produits prêts à être récoltés.
On accueille des profils très variés : des retraités le vendredi après-midi ou des familles avec enfants le mercredi. C’est devenu une véritable sortie familiale pour les habitants du territoire.
Aujourd’hui, cette aventure familiale se poursuit avec mon fils Antoine et sa femme Cécile, à qui nous avons transmis la cueillette depuis 2024.
Vous êtes personnellement engagé dans une démarche de solidarité. Pouvez-vous la décrire ?
Chaque année, à la fin novembre, lorsque nous fermons la cueillette pour l’hiver, nous organisons des opérations de glanage. Cela permet de récupérer les légumes qui n’ont pas été entièrement cueilli, notamment les betteraves, afin qu’ils puissent bénéficier à des associations comme les Restos du Cœur ou la Croix-Rouge.
L’objectif est simple : éviter le gaspillage et permettre à des produits agricoles de qualité de profiter à des personnes en situation de précarité. Pour nous, c’est une démarche de bon sens et de solidarité, en cohérence avec les valeurs de notre métier.
Vous êtes par ailleurs président du CNIPT. Quel regard portez-vous sur le rôle de SOLAAL ?
SOLAAL joue un rôle essentiel de facilitateur entre le monde agricole et les associations d’aide alimentaire. L’association permet de donner une destination utile à des produits qui ne trouveraient pas forcément de débouchés commerciaux, tout en répondant à un besoin croissant d’accès à une alimentation de qualité pour les personnes en difficulté. Cette démarche a aujourd’hui toute sa légitimité, peut-être encore plus dans le contexte actuel de surproduction de pommes de terre.
Ce n’est pas une mission facile, notamment parce qu’il est souvent compliqué d’assurer des approvisionnements réguliers et durables dans le temps. Mais justement, le travail de coordination réalisé par SOLAAL est précieux. C’est une très belle initiative, utile à la fois pour les producteurs et pour les bénéficiaires.
