Interview de Guillaume Garot, président du CNA

 

« Je compte sur SOLAAL pour continuer à être un partenaire engagé et exigeant contre le gaspillage alimentaire. Avec l’ambition de faire toujours mieux tous ensemble ! » selon Guillaume Garot, président du CNA et parrain de SOLAAL.

Le Conseil national de l’alimentation vient de rendre un avis Alimentation favorable à la santé. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le CNA s’est saisi de cette question ?

Guillaume Garot, président du CNA et parrain de SOLAAL. crédit photo : droits réservés (DR)

Cet avis est le fruit d’une auto-saisine du CNA que j’ai engagée, en janvier 2017, tant les Français sont attentifs, -et de plus en plus préoccupés- par le contenu de leur assiette.  Il n’est pas une semaine sans qu’une nouvelle étude, abondamment relayée dans les médias, ne jette le trouble sur ce que nous mangeons. Pourtant, ceux qui font l’alimentation ont fait des efforts considérables depuis l’après-guerre pour garantir la sécurité sanitaire de notre alimentation : les intoxications alimentaires sont devenues  rares. Mais le lien entre notre alimentation et certaines pathologies -obésité, maladies cardiovasculaires, certains cancers-est progressivement mis au jour. Nous devons répondre à ces inquiétudes. J’ajoute que l’enjeu social est lié. La précarité alimentaire touche 11% des foyers français, et le coût social de l’obésité et du surpoids atteint 20 milliards d’euros par an, soit environ 56 millions d’euros chaque jour. Cela est comparable à l’alcool ou au tabac. Le constat est globalement que le système alimentaire actuel ne permet pas l’accès de tous à une alimentation favorable à la santé.

Les membres du CNA ont ainsi défini ce qu’est une alimentation favorable à la santé, pour identifier des solutions permettant de répondre aux enjeux soulevés par le sujet, en mobilisant tous les maillons de la chaîne. Cette autosaisine a également permis de contribuer aux États généraux de l’alimentation.

Quelles sont les recommandations concernant la précarité alimentaire ?

La lutte contre la précarité alimentaire a été voulue comme un axe prioritaire et transversal aux réflexions du groupe de concertation qui a rédigé cet avis.

Le CNA recommande de définir une feuille de route interministérielle de lutte contre la précarité alimentaire. Il s’agit de s’assurer de la continuité des financements de l’aide alimentaire via le FEAD (fonds européen d’aide aux plus démunis), mais également de mener une étude sur les processus menant à la précarité alimentaire, et de bien appréhender l’alimentation des personnes en situation de précarité alimentaire, avec un focus sur l’impact de leur alimentation sur leur état de santé.

Le CNA recommande en outre de construire un programme d’actions inspiré de l’ancien « Programme alimentation et insertion », avec des moyens pour l’évaluer et l’adapter aux enjeux actuels.

Quel bilan tirez-vous à la veille de l’édition de la Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire (16 octobre) que vous avez créée en 2013 ?

Plus de deux ans après la promulgation de la loi visant à lutter contre le gaspillage alimentaire, le bilan est à coup sûr positif. Partout en France, le volume des dons a augmenté.

Selon l’antenne française du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, la loi a permis d’augmenter de 22% les dons aux associations d’aide alimentaire. Pour une fédération nationale, cela représente 92 millions de repas supplémentaires par an.

La dynamique était enclenchée; la loi a permis de généraliser les bonnes pratiques.

Pour avoir une vision plus précise de l’impact de cette Loi, je souhaite conduire une mission d’évaluation à l’Assemblée nationale, avant la fin de l’année. Une telle mission me permettra d’évaluer avec tous les acteurs rencontrés lors de la préparation du texte les résultats de la loi, mais aussi les problèmes et les freins rencontrés sur le terrain. Je compte sur SOLAAL pour continuer à être un partenaire engagé et exigeant contre le gaspillage alimentaire. Avec l’ambition de faire toujours mieux tous ensemble !