Interview de Francis Charhon

 

« Francis CharhonC’est important de veiller à ce que l’agriculteur qui donne soit valorisé et c’est aussi un des rôles de SOLAAL » selon Francis Charhon, Directeur général de la Fondation de France

  • Comment se porte la générosité en France et quels sont les secteurs les plus concernés ?

La dernière étude Recherche & Solidarités sur la générosité des Français / IDAF montre une année 2014 exceptionnelle en matière de générosité : 4,2 à 4,4 milliards d’euros collectés. Toutes les causes profitent de cette progression, des plus traditionnelles (recherche médicale, action sociale) aux autres (éducation populaire, environnement).

Fait marquant, les moins de 30 ans ont donné 1,8% de ce qu’ils ont gagné, soit bien davantage, en proportion, que la moyenne générale de 1,1% et, pour la première fois, davantage que les plus de 70 ans (1,4%). On peut l’expliquer par un effet des nouveaux modes de collecte, au moyen du numérique, et le signe d’une génération qui se mobilise et s’engage. Par ailleurs, les petits donateurs ont moins donné mais cela est largement compensé par les personnes plus aisées qui donnent plus.

Cette générosité croît en moyenne de 4 % par an et devrait connaître le même taux en 2015. 70% des donateurs, interrogés en 2015, se disaient déterminés à poursuivre leur soutien financier en particulier en faveur de l’aide aux personnes en difficultés en France, de la santé et de la recherche médicale ou scientifique. Un signal optimiste très encourageant !

  • Vous êtes un fervent défenseur de la réduction d’impôt pour les actions de mécénat. Pourquoi ?

Le mécénat ne peut se développer que dans un environnement fiscal stable, c’est ce que j’explique aux décideurs. Par ailleurs, une diminution de la fiscalité permet de faire facialement des économies mais cela supprimera des milliers de projets, souvent en faveur de personnes en difficulté qui se trouveront plus encore dans les soucis. Il me paraît plus important de favoriser le projet social plutôt que fiscal. Heureusement, depuis 2013, ce dispositif est stabilisé et cela a permis de faire croître les dons (cf. supra). Je mets surtout en avant le rôle du mécène : celui qui investit dans une fondation est un entrepreneur social, un investisseur philanthropique. En effet, les fondations constituent un fonds d’innovation sociale, créent de la plus-value sociale, de l’activité, de la valeur. Elles s’investissent dans une transformation sociale du bien-être.

La Fondation de France grâce à ces soutiens (qui atteignent 150 millions d’euros en 2015), représente le premier réseau philanthropique français avec 9000 projets par an. Nos domaines d’intervention concernent la lutte contre les vulnérabilités, le développement de la connaissance et l’environnement. C’est aussi un outil de mise en réseau de publics divers (salariés, institutionnels, associations, entreprises), contribuant ainsi à construire une société plus unie.

  • Vous avez assisté à la naissance de SOLAAL. Quel regard portez-vous sur l’association ?

En effet, la Fondation de France a accompagné le fondateur de SOLAAL, Jean-Michel Lemétayer, dans la structuration de son projet de contribuer à l’alimentation des plus démunis. Cette association est pour moi exemplaire car elle répond à un double besoin : celui des associations d’aide alimentaire, en matière de produits frais, et celui de réduire les volumes de produits agricoles invendus. Je sais également qu’il s’agit d’une mécanique compliquée et que cela suppose de trouver rapidement des solutions à des problèmes de logistique pour des produits périssables. J’apprécie aussi que SOLAAL cherche à créer des dynamiques territoriales autour de projets solidaires. Enfin, c’est important de veiller à ce que l’agriculteur qui donne soit valorisé et c’est aussi un des rôles de SOLAAL qui s’y emploie activement.