Une pauvreté persistante en France

 

Les rapports sur la pauvreté en France se succèdent : celui de l’Observatoire des inégalités et le Pacte sur la santé globale des jeunes de la Croix-Rouge française, parus en mai 2017, font suite à deux autres rapports parus fin 2016, ceux du Secours catholique et de l’Institut de veille sanitaire. Tous se fondent sur les données de l’Insee qui, annuellement, publie des statistiques sur le niveau de vie des Français et sur le taux de pauvreté. Toutefois, les associations complètent ces données par leurs propres statistiques issues de la fréquentation de leurs établissements par les bénéficiaires.

Tous s’accordent pour reconnaître que les politiques publiques ont leur rôle mais présentent des recommandations face au constat alarmant d’une pauvreté en France qui persiste et touche de plus en plus de jeunes.

  • « Les pauvres s’appauvrissent »

Source : SOLAAL d’après Insee

Globalement, les constats convergent et mettent en avant une pauvreté qui persiste en France au niveau de 8,8 millions, soit 14,1% de la population française- si l’on fixe le seuil de pauvreté à 80% du niveau de vie médian, soit 1008 euros par mois. En dix ans, le nombre de pauvres a augmenté de 1,2 million, selon l’Observatoire des inégalités.

Fait marquant selon l’Observatoire des inégalités car il s’agit d’un phénomène nouveau : l’appauvrissement des personnes déjà en précarité, à la suite de la crise de 2008.

  • Fragilité de certaines catégories de la population

Selon l’Insee, la situation vis-à-vis de la pauvreté est grandement dépendante du statut d’activité. En 2014, 36,6 % des chômeurs vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La situation familiale joue aussi un rôle important, 35,9 % des personnes vivant dans une famille monoparentale sont pauvres en termes monétaires.

Pour le Secours catholique, certaines catégories de la population voient leur situation se dégrader : familles, femmes, enfants et personnes d’origine étrangère. L’augmentation du nombre de familles bénéficiaires, avec enfants, est une tendance longue qui se poursuit. La proportion de familles monoparentales est plus de trois fois plus importante au Secours Catholique que dans l’ensemble de la population française.

  • « La pauvreté rajeunit »

Selon la Croix-Rouge française, les jeunes sont particulièrement touchés par la précarité. Sur les 700 points de distribution alimentaire, la part des moins de 25 ans est passée de 11,9 %, en 2015, à 13,05 %, en 2016. Plus de 13 000 étudiants parisiens se privent de 4 à 6 repas par semaine faute de pouvoir se les payer. Pour ces jeunes, le reste pour vivre moyen est de 85 €/mois.

Ce rapport fait écho à une enquête de l’UNICEF France, qui s’inquiétait que près d’un enfant sur cinq (17 %) vive dans une situation d’intégration sociale précaire et parmi eux 7 % « déjà pris dans un processus de disqualification sociale » (enquête effectuée en 2013 auprès de 22 500 enfants et adolescents vivant dans 73 villes sur le territoire).

  • Précarité alimentaire

Parmi les fragilités recensées parmi les populations les plus démunies figure la difficulté à s’alimenter mais aussi de façon diversifiée.

Selon le Secours catholique, le besoin d’écoute ainsi que les besoins alimentaires restent de loin les principales demandes exprimées par les personnes rencontrées. Respectivement 57 % et 55 % de ces personnes en font état en 2015. Les besoins alimentaires ont connu une augmentation nette entre 2010 et 2012, période pendant laquelle ils deviennent prépondérants parmi les demandes exprimées.

D’après le rapport de la Croix-Rouge française, les jeunes sont particulièrement touchés car seuls 6,4 % des 12-30 ans déclarent avoir mangé cinq fruits ou légumes la veille de l’entretien.

Enfin, l’Institut de veille sanitaire montrait en 2016 une corrélation directe entre pouvoir d’achat et obésité inversement proportionnelle.

Source : SOLAAL d’après Institut de veille sanitaire

Tous ces constats ne doivent pas cacher les efforts déployés à la fois par les acteurs publics et les acteurs associatifs, avec pourtant le sentiment de la part des derniers, qu’ils ne peuvent pas seuls panser les plaies de la précarité en France.

Pour en savoir plus sur les indicateurs de pauvreté :

  • Pauvreté monétaire : selon l’Insee, une personne est considérée comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Ce seuil est calculé par rapport à la médiane de la distribution nationale des niveaux de vie. C’est le seuil à 60 % du niveau de vie médian qui est privilégié en Europe. Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur à ce seuil, soit 1 008 euros par mois en France métropolitaine en 2014.
  • Intensité de la pauvreté : indicateur qui permet d’apprécier à quel point le niveau de vie de la population pauvre est éloigné du seuil de pauvreté. L’Insee mesure cet indicateur comme l’écart relatif entre le niveau de vie médian de la population pauvre et le seuil de pauvreté.