Insécurité alimentaire et lutte contre le gaspillage au cœur des EGA

 

Deux ateliers des Etats généraux de l’alimentation, qui se sont clôturés le 21 décembre 2017, concernaient plus particulièrement les thématiques en lien avec l’activité de SOLAAL : l’atelier 10 visant à lutter contre le gaspillage alimentaire, présidé par le député Guillaume Garot, et l’atelier 12, pour lutter contre l’insécurité alimentaire en France et dans le monde, présidé par François Soulage, président du collectif Alerte. Deux ministres sont intervenus plus particulièrement sur ces thématiques.

Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, a rappelé que la réduction des inégalités d’accès à une alimentation de qualité et durable représentait le troisième axe stratégique de la politique de l’alimentation. La politique alimentaire constitue, en effet, un « déterminant important de la réduction des inégalités sociales ». « On ne peut pas accepter qu’on jette 150 kg de nourriture par personne et par an alors que 12% des familles sont en situation d’insécurité alimentaire ».

Il a annoncé plusieurs mesures pour renforcer la lutte contre le gaspillage alimentaire et favoriser le don :

  • obliger les acteurs de la restauration collective et de l’industrie agroalimentaire à donner à des associations d’aide alimentaire ;
  • créer un parcours alimentaire pédagogique en milieu scolaire, pour permettre aux enfants et aux jeunes de connaître les aliments et leur fabrication, leurs impacts sanitaires et environnementaux et l’importance du gaspillage ;
  • accélérer les Projets alimentaires territoriaux (PAT) et leur prise en compte des aspects environnementaux, nutritionnels et de justice sociale.

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a retenu les actions suivantes :

  • Inscrire la lutte contre la précarité alimentaire comme axe majeur de la lutte contre la pauvreté et les exclusions et dans le code de l’action sociale et des familles.

« Nous ne devons pas seulement couvrir les besoins nutritionnels, mais aussi aborder les questions d’identité, de lien social et familial, de culture, de plaisir, et de santé ».

  • Elaborer un nouveau Programme national nutrition santé (PNNS), avant la fin du premier semestre 2018, pour lutter contre les inégalités territoriales et sociales en matière de pathologies nutritionnelles. « Chez les parents ayant un diplôme inférieur au baccalauréat, on compte près d’un quart d’enfants en surpoids, tandis qu’ils sont moins de 10% chez les parents dont le diplôme équivaut au moins à la licence ».
  • Articuler le PNNS avec le Programme national de l’alimentation (PNA), sous l’égide du Comité interministériel pour la santé, rattaché au Premier ministre.
  • Elargir le Conseil national de l’alimentation (CNA), « ce Parlement de l’alimentation », aux représentants de la société civile.

Toutes ces mesures sont issues des conclusions des ateliers 10 et 12. A noter que le secteur des industries agro-alimentaires ne figurait pas comme cible de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les membres de l’atelier 10 avaient retenu le seul secteur de la restauration collective. Par ailleurs, il reste beaucoup de propositions qui n’ont pas été mentionnées par les deux ministres (cf. l’intégralité ci-dessous). Gageons que le temps ne le permettait pas et que les présidents respectifs sauront leur rappeler. Parmi ces dernières, il en est plusieurs auxquelles SOLAAL attache une importance particulière :

  • créer un dispositif fiscal pour les dons de viandes,
  • financer les PAT, qui peuvent représenter un outil utile pour des développer des actions locales collectives et solidaires.

Pour en savoir plus sur les EGA : http://agriculture.gouv.fr/journee-de-cloture-des-etats-generaux-de-lalimentation

Pour en savoir plus sur la position commune des organisations professionnelles agricoles : atelier 10 et atelier 12

 

Conclusions Atelier 10

L’éducation nationale, actrice de la lutte contre le gaspillage alimentaire

  • L’éducation à l’alimentation et la lutte contre le gaspillage alimentaire obligatoires dans les comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC) ;
  • Former les enseignants : l’éducation à l’alimentation et la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les modules de formation ;
  • Un défi national annuel « Zéro Gaspi ».

Organiser et soutenir la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les territoires

  • Un guichet unique pour les projets de lutte contre le gaspillage alimentaire ;
  • Mieux faire connaitre et soutenir les Programmes Alimentaires Territoriaux (PAT) ;
  • Articuler les PAT et les Programmes Locaux de Prévention des Déchets Ménagers et

Assimilés (PLPDMA) ;

  • Un diagnostic anti-gaspillage obligatoire dans la restauration collective ;
  • Anticiper pour ne pas gaspiller dans la restauration collective ;
  • Un bus « anti-gaspi » à l’échelle des régions, pour informer et sensibiliser.

Accompagner et amplifier l’engagement des professionnels dans la lutte contre le gaspillage alimentaire

  • Une offre de formation territoriale à destination des professionnels dans tous les secteurs concernés par la lutte contre le gaspillage alimentaire ;
  • Un référent local « lutte contre le gaspillage alimentaire » dans les chambres consulaires;
  • Mesurer l’impact de la règle contractuelle des « 1/3 – 2/3 » relative au partage de la durée de vie des produits sur le gaspillage alimentaire ; Mise en responsabilité des organisations, des collectivités et des entreprises dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Lever les freins réglementaires pour prévenir et lutter contre le gaspillage alimentaire

  • Veiller à l’application de la loi « Garot » et à la loi sur la transition énergétique ;
  • Etudier la possibilité d’élargissement de l’obligation de don aux autres acteurs ;
  • Réactiver le GEM RECN et mettre à jour ses recommandations en y intégrant notamment la lutte contre le gaspillage alimentaire ;
  • Faciliter le don ;
  • Revoir la traduction française de la mention officielle pour la DDM : remplacer par « meilleur avant » ;
  • Confier au CNA un mandat sur les moyens de redonner du crédit à la DLC.

Conclusions Atelier 12

Une stratégie interministérielle de lutte contre la précarité alimentaire

  • Faire coexister des dispositifs d’urgence et des formes d’accès durables à une alimentation de qualité
  • Intégrer la lutte contre la précarité alimentaire dans les grands programmes : PNA, PNNS, stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes
  • Défendre le maintien du FEAD post 2020, en intégrant des points d’amélioration pour lutter contre la précarité

Développer des systèmes territorialisés

Un système de gouvernance territoriale :

  • Adossé aux outils existants (CRALIM…)
  • Incluant la participation des personnes concernées
  • S’appuyant sur un outil cartographique permettant de localiser les besoins, les infrastructures mobilisables et les dispositifs présents

Promouvoir les PAT qui incluent la question de la précarité alimentaire

Intégrer un volet « accès à l’alimentation des plus précaires » dans les schémas départementaux d’accessibilité des services au public

Faire évoluer le corpus normatif

  • Introduire la lutte contre la précarité alimentaire dans le code de l’action sociale et des familles dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et les exclusions
  • Renforcer les règles de l’habilitation pour introduire des indicateurs qualitatifs et d’évaluation
  • Sécuriser les projets d’accès durables à l’alimentation qui ne relèvent pas de l’habilitation (structures en mixité de public notamment)

Construire un dispositif d’échange des bonnes pratiques

  • Mettre en place une plateforme d’observation et de valorisation des bonnes pratiques
  • Mettre en œuvre un guide pour :
  • Préciser la place et le rôle des bénévoles et des travailleurs sociaux
  • Assurer un accompagnement des acteurs sur les modalités de mise en œuvre locale de la lutte contre la précarité alimentaire

Dans le monde, nourrir les villes

  • Elargir l’accès aux marchés de l’agriculture familiale pour soutenir les productions agricoles locales et limiter l’exode rural
  • Obtenir une régulation accrue des produits agricoles sur les marchés mondiaux
  • Fournir un appui renforcé aux petits producteurs face aux défaillances du marché et aux investissements étatiques ou internationaux.
  • Soutenir la création de groupements de producteurs et d’organisation de filières.
  • Renforcer les actions liées à la lutte contre la malnutrition, en lien avec la feuille de route « nutrition » de la France à l’international

Source : http://agriculture.gouv.fr/journee-de-cloture-des-etats-generaux-de-lalimentation