Le gaspillage alimentaire, nouveau critère RSE  

 

SOLAAL a réuni plusieurs acteurs autour du thème : « La lutte contre le gaspillage alimentaire dans la RSE », lors de son colloque annuel le 8 novembre 2017, à la Fédération nationale du Crédit agricole, par ailleurs membre fondateur de l’association. 

Au préalable, Eric Birlouez, sociologue, à qui nous avions demandé pourquoi nous avions toléré si longtemps le gaspillage alimentaire, a expliqué comment l’alimentation avait perdu toute ses valeurs et, en particulier, sa valeur économique. En effet, on jette davantage ce qui n’a pas de valeur. Eric Birlouez reste cependant confiant et recommande, pour inverser cette tendance, de former dès le plus jeune âge sur l’origine des aliments, de redonner de la valeur aux aliments et du sens à l’acte alimentaire. 

Intervenants du colloque (cf. article)

Concernant les entreprises, avec la loi dite Garot de 2016, le critère de lutte contre le gaspillage alimentaire s’inscrit désormais dans la RSE. Vincent Aurez, consultant chez EY, a précisé qu’il faisait partie des points à renseigner, de manière précise et concrète, dans la déclaration de performance extra-financière que les entreprises doivent remplir. Cette obligation peut s’avérer une véritable opportunité pour répondre aux investisseurs, de plus en plus nombreux à examiner les stratégies mises en place en la matière. 

Par ailleurs, des entreprises, directement concernées et engagées depuis longtemps, ont apporté leur témoignage sur leur stratégie et les actions mises en œuvre. Sophie Fourchy, directrice de la Fondation Carrefour, a mis en avant l’effet de levier des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire car, au-delà des volumes récupérés, ce sont des créations d’emploi et du lien social qui sont générés. Benjamin Perdreau, responsable RSE de France, a rappelé que la lutte contre le gaspillage alimentaire constituait une valeur intrinsèque des coopératives agricoles mais aussi un enjeu de compétitivité. 

Le témoignage de Cécile Curiel, de la Direction Retraite et Activités sociales du groupe de prévoyange Agrica, a prouvé qu’une entreprise pouvait s’engager dans la lutte contre le gaspillage alimentaire même si elle n’était pas directement concernée. C’est le choix effectué par le groupe Agrica qui a bâti depuis 2014 une stratégie accompagnée d’actions de soutien des initiatives des acteurs engagés. 

Enfin, le député Guillaume Garot, député de la Mayenne et président de l’atelier 10 des Etats généraux de l’Alimentation, a conclu les débats en félicitant les intervenants pour leur implication durable dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Puis il a fait part des priorités en matière de gaspillage alimentaire : développer les actions locales ; former, éduquer, redonner de la valeur à l’alimentation ; créer une fiscalité incitative.  

Vous trouverez ci-dessous une synthèse de ces échanges et le lien vers les vidéos des intervenants. 

Eric BIRLOUEZ, sociologue

« Nous avons perdu la valeur de notre alimentation ! »

C’est ainsi qu’Éric Birlouez, socioloque, répond à notre question : « Pourquoi avons-nous si longtemps toléré le gaspillage alimentaire ? ».  

Selon lui, on gaspille ce qui revêt peu de valeur et les évolutions de notre société ont contribué au déclin des valeurs traditionnelles de l’alimentation :  

  • la valeur vitale – dans les sociétés occidentales en particulier,  
  • la valeur économique – la part de l’alimentation dans la dépense de consommation des ménages n’a cessé de décroître depuis 1960 ; 
  • la valeur humaine –  on ne se transmet plus les recettes entre générations ; 
  • la valeur sociale – on mange de plus en plus seul, des plats tout préparés ; 
  • la valeur culturelle – perte du lien avec le terroir, des traditions culinaires ; 
  • les valeurs symbolique et sacrée ; 
  • la valeur identitaire – on ne sait plus ce qu’on mange, ce qui génère anxiété et gaspillage. 

Pour réduire le gaspillage, Eric Birlouez a identifié des réponses techniques (normes, calibrage, dons, compost, notamment).  

Toutefois, il préconise des réponses culturelles :  

  • redonner de la valeur aux aliments et du sens à l’acte alimentaire,
  • (re)construire une culture de l’alimentation dès le plus jeune âge.

Il conclut par une citation de Claude Levi-Strauss : « Pour être consommé, l’aliment ne doit pas seulement être bon à manger, il doit aussi être bon à penser ». 

 

Guillaume Garot, député de la Mayenne, ancien secrétaire d’Etat dédié à l’Agroalimentaire

Guillaume Garot, député de la Mayenne et président de l’atelier 10 des Etats généraux de l’Alimentation, a identifié des priorités en matière de gaspillage alimentaire : développer les actions locales ; former, éduquer, redonner de la valeur à l’alimentation ; mettre en place une fiscalité incitative. Par ailleurs, il s’est adressé aux entreprises en leur rappelant que l’engagement contre le gaspillage alimentaire permet de réaliser des économies et de mobiliser les équipes. Concernant les agriculteurs, il précise : « vous êtes des acteurs importants en termes de lutte contre le gaspillage alimentaire et SOLAAL peut vous y aider ». 

 

Vincent Aurez, consultant senior EY

Le reporting sur les enjeux RSE ne suffit plus car, depuis la transposition de la directive du 22 novembre 2014, il s’agit de présenter une déclaration de performance extra-financière qui détaille la stratégie mise en œuvre (audit, indicateurs de performance). 

Vincent Aurez avertit : les investisseurs analysent désormais le critère du gaspillage alimentaire (cf. le Dow John Sustainability Index). 

 

Cécile Curiel, Goupe Agrica

« Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas directement concernés par le gaspillage alimentaire que nous ne pouvons pas nous engager ! ». La mobilisation du Groupe AGRICA contre le gaspillage alimentaire date de 2014. « Le soutien de SOLAAL est apparu comme une évidence pour répondre aux enjeux de la RSE », selon Cécile Curiel. Depuis, AGRICA organise annuellement des Trophées qui récompensent de nombreuses initiatives. Les salariés sont également invités à se mobiliser et ils apprécient ce projet fédérateur et porteur de sens. 

 

Sophie Fourchy, Fondation Carrefour

La Fondation Carrefour permet de soutenir des actions pilotes. Les projets à venir concernent les actions de compostage, de transformation de produits.  

L’antigaspi n’est pas qu’une question de volumes car cela a des impacts en matière d’emplois, via des projets d’insertion professionnelle et de solidarité, d’innovation (nouveaux services, nouveaux produits) et de lien social. 

 

Benjamin Perdreau, Coop de France

Les coopératives se sont créées autour de valeurs, dont la valorisation des produits de leurs adhérents-agriculteurs. La lutte contre le gaspillage alimentaire en fait partie. 

Cette démarche permet de répondre aux enjeux de compétitivité et de RSE.

 

 

 

Retrouvez l’intégralité des débats du colloque du 8 novembre 2017: