Interview de Guillaume Garot

 

« Fils et petit-fils d’agriculteur, je sais combien l’idée même de gaspiller l’alimentation est aux antipodes des valeurs du métier d’agriculteur ! » selon Guillaume Garot, député de la Mayenne, président du Comité national de l’alimentation (CNA).

Quel bilan tirez-vous sur la hiérarchisation des valorisations des invendus et sur l’éducation, inscrites dans la loi de 2016 ?

Guillaume Garot, député de la Mayenne, président du Comité national de l’alimentation (CNA)

La loi a promu une symbolique forte : une politique publique de la lutte contre le gaspillage existe désormais. Plus précisément, la hiérarchie des priorités a été très utile, parce qu’elle a permis de définir et de sécuriser un cadre de référence pour tous les acteurs. Elle a aussi permis d’accélérer les dynamiques locales, autour d’initiatives d’associations, de collectivités ou d’entreprises. L’enjeu, aujourd’hui, est la prévention du gaspillage, à chaque étape de la chaîne alimentaire. Cette indispensable prévention devrait prendre une forme adaptée au public concerné : éducation à l’école, information du consommateur, sensibilisation des professionnels, audits des unités de production, de restauration et de distribution, etc.

Sur l’éducation, la loi de 2016 prévoyait qu’une information et une éducation à l’alimentation et à la lutte contre le gaspillage alimentaire soient dispensées dans les établissements d’enseignement scolaire (et non plus uniquement les écoles). Malheureusement, sa mise en œuvre dépend de la bonne volonté des établissements scolaires et les programmes scolaires ne sont pas conçus pour accorder une place suffisante à ces sujets d’éducation à des comportements durables, alors que cette responsabilité incombe naturellement à l’État. C’est la raison pour laquelle nous préconisons, à l’issue de ce rapport, que la lutte contre le gaspillage alimentaire prenne une véritable place dans les projets pédagogiques des établissements scolaires, sans se limiter à des traitements ponctuels, et soit traitée de façon systématique et obligatoire.

Quelles sont vos recommandations à la suite du bilan global de la loi de 2016 ? 

La loi de 2016 a accéléré la dynamique de lutte contre le gaspillage alimentaire. Aujourd’hui, la prise de conscience de la société française est générale. Les premiers résultats sont mesurables pour le don : c’est très positif. 23% de dons supplémentaires pour les Banques Alimentaires, et 24% pour les Restos du Cœur. C’est une réussite de ce point de vue, même si la qualité des dons est parfois discutable !

Le temps est venu de passer à une nouvelle étape dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Nos 14 recommandations se déclinent dans plusieurs directions, et visent à faire levier pour prévenir le gaspillage, à tous les stades de la chaîne alimentaire ; ainsi la création d’un Fonds national contre le gaspillage, pour aider financièrement les actions de terrain, y compris les audits dans les entreprises et collectivités. Il s’agit aussi de valoriser ceux qui avancent, avec la création d’un label anti-gaspi, et de rendre la fiscalité écologique plus cohérente, pour inciter à donner, pas à jeter. Mais rien ne sera possible sans éducation et formation : c’est une pierre angulaire. Nous avons d’ailleurs proposé, dans le même rapport, de supprimer certaines dates de durabilité minimale (« à consommer de préférence avant »), pour certains produits sans risques sanitaires comme les pâtes ou le riz, à l’identique de ce qui vaut pour le sucre. Une date de fabrication suffirait. Ce serait un signal fort en direction des consommateurs, car la confusion sur les dates est source de gaspillage.

Quel est votre message envers les agriculteurs ?

Les agriculteurs constituent le premier maillon de la chaîne de production alimentaire et en ce sens ils sont des acteurs indispensables à ce combat contre le gaspillage. Fils et petit-fils d’agriculteur, je sais combien l’idée même de gaspiller l’alimentation est aux antipodes des valeurs du métier d’agriculteur ! Les agriculteurs ont toujours cherché à ne pas gaspiller, à éviter les pertes, à recycler. De la juste portion de l’alimentation pour le bétail jusqu’au retraitement des effluents d’élevage, c’est cette même logique qui prévaut.

Dans ce même esprit, nous proposons d’enrichir le rôle des chambres d’agriculture en leur donnant une véritable mission de prévention du gaspillage alimentaire au travers la réalisation d’audits dans les unités de production, de formations pour les producteurs, de conseils et diffusion de bonnes pratiques,  Cette nouvelle mission pourrait être mise en œuvre en lien avec SOLAAL, lauréate de la Fondation « La France s’engage », présente d’ores et déjà sur de nombreux territoires, qui rassemble de nombreux acteurs, et qui a fait la preuve de sa ténacité contre le gaspillage.

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